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Le Machu Picchu.
Reportage sur le
web sud-américain.

Les yeux du Pérou.

Le lac Titicaca.
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Le train de Cusco à Puno
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260 Kilomètres de train dans cette plaine, haute plaine péruvienne, un peu désertique mais pas trop, si large,
si chaude, si haute, avec de la neige,
si près, beaucoup de poussière,
à 3800 mètres au dessus des mers;
je lui en sais gré...
Dix heures de train qui passent comme une courte minute de bonheur. |
Une plaine habitée par des bergers seulement, qui vivent dans des maisons en briques de terre pas cuite; et quand la pluie défait leur maison, à chaque fois,
ils se prennent à en reconstruire une autre, toujours si fragile.Il n'y a pas de pierre dans cette plaine. Mon périple au Pérou s'achève par cet inqualifiable voyage en train, indescriptible aussi. A Puno, il fait -5° la nuit. Nous avons trouvé un hôtel (10 sol = 22,5 frs) pour abriter notre fatigue. Nous n'irons pas sur les îles du lac Titicaca, faute d'argent. Nous partirons en Bolivie demain.
Au petit matin (6h 30) du 25 mai, en allant boire un mate de coca, je me trouve
à marcher derrière un petit vendeur de glace. Il boite parce qu'il a une jambe plus courte que l'autre. Il a peut être 15 ans ou un peu moins. Je m'imagine que tous les matins de sa vie il part vendre des glaces (paletas) en boitant. Quelle courage faut-il pour cela? C'est sans doute parce qu'il faut manger. Il est à Puno au Pérou avec une jambe plus courte que l'autre et il vend des glaces pour vivre.
Ce voyage me donne chaque jour des choses ahurissantes à voir; je sais qu'elles sont ahurissantes, mais on s'habitue à tout. Au bout d'un mois et demi, presque plus rien ne m'étonne. Ces civilisations sont loin des nôtres et pourtant l'adaptation fait que tout devient vite normal. Les amoureux fricotent de la même façon, les bandits ont des têtes de bandits, toujours les mêmes; les mendiants ont toujours ce même regard à la fois dur et si près de nous, si près de ce fil duquel on peut tomber et se retrouver à tendre la main dans la rue parce qu'on a faim. Les mendiants, ici ou ailleurs, vont à l'essentiel, manger et ne pas avoir froid la prochaine nuit en dormant dans les bras d'une vie cruelle qui ne leur a rien laissé. Aussi vais-je à l'essentiel. Mais quelle facilité, pour moi. Les voyageurs qui rôdent longtemps sur les chemin du monde on souvent des difficultés à se réadapter à leur environnement d'origine. C'est qu'en voyage, on a aucune autre responsabilité que celle de veiller sur son sac. Pas de liens et de contraintes, pas de vie comme on se doit d'avoir. Si la terre n'était peuplée que de voyageurs, il n'y aurait aucune maison pour les abriter, pas de boulanger pour faire le pain
qui les nourrit, pas de riz non plus. Le travail des uns permet la promenade des autres. On irait même jusqu'à dire que les voyageurs sont inutiles, sauf à faire connaître les pays qu'ils traversent, à faire grandir les têtes de ceux qui lisent leurs récits. Ce matin, à 6h30, sur les bords du lac Titicaca, je pensais que j'étais en promenade alors que d'autres, la grande majorité des terriens, s'affairaient à leur tâche quotidienne pour faire avancer un peu leur village, leur pays, l'homme. Si ce n'est pas pour le faire avancer, c'est pour, au moins, qu'il continue un peu. Tout ce que j'ai dans la tête de rêves et d'envies, tombent les uns après les autres. Hier, les temples mayas, le Guatemala, la mer des Caraïbes; aujourd'hui le Machu Picchu et le lac Titicaca, la cordillère des Andes et les lamas dans des paysages que mes prunelles, même dans leurs rêves les plus beaux, n'avaient pas imaginés. Demain aussi, encore d'autres rêves réalisés et d'autres envies.
Et pourtant d'autres envies ne cessent de naître. Je regarde, tel un fou, les mondes défiler devant moi. Dans trois jours, le Pérou doit élire un nouveau président. Toledo, le seul adversaire de Fujimori a décidé, voilà trois jours, de ne pas se présenter. Il dit que le président en place est un dictateur. Une grande partie du peuple péruvien le dit aussi. Plus qu'un seul candidat réel dans une élection, tout est faussé... Et je me dis que la démocratie n'est jamais une evidence. Les péruviens sont dans la rue. Fujimori n'aurait sans doute pas dû réprimer avec sa police cette manifestation dirigée contre lui qui enflait les rues d'Aréquipa, la deuxième ville du Pérou. Encore un vieux qui s'accroche, qui ne veut pas laisser sa place, si confortable. « Pour sauver la démocratie », crient les péruviens. Parlez en en France, le Pérou est un beau pays....
Benoît Page
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