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Je n'avais pas d'idée de l'heure, ni du temps que nous avions déjà roulé. J'étais attirée irrésistiblement vers un tapis moelleux d'herbes... Ok, elles étaient de l'année dernière les herbes et couchées et brûlées par la neige de l'hiver et, toutes moches... Mais croyez moi, c'était quand même plutôt confortable, surtout prise de cet impérieux besoin de dormir. Voila. J'ai dis ni bonjour ni bonsoir à Joan et j'e me suis endormi, au soleil.
Il était chouette Joan, serviable et tout... Toujours attentionné avec ses grosses mains abîmées par je ne sais quel travaux... ah oui! Je me souviens. Il faisait des murs de pierres sèches... Il a attendu, sans doute longtemps, que je me réveille... Enfin je veux dire, il aurait pu tout aussi bien filer... Pas de devoir à mon endroit, j'étais qu'une auto stoppeuse et lui il était peut-être pressé... Les amoureux qui rejoignent leurs belles, ils sont toujours pressés. Y'avait plus de soleil... Juste encore un peu sa chaleur sur la terre. Les montagnes en face avaient une toute autre couleur... Elles viraient au jaune. Je sais pas comment il a fait ça mais il m'a offert un café tout chaud, tout frais, enfin comme dans un bar et tout... Il était fort quand même. Il s'est assis près de moi, en face des sommets à peine chapeautés de neige. Il y avait des nappes de brumes à leurs pieds... justes au dessus de la rivière qui s’étirait mollement sur des plages de galets dorés, juste comme ça, à ce moment là, je veux dire. Une minute peut-être seulement... La minute ou les derniers rayons du soleil passaient sous la couche de brume, en diagonale pour rendre dorés les galets. Y'avait un peu de vent aussi, ces brises des soirs de printemps qu'on trouvent bizarrement chaudes, alors qu'elles sont seulement un peu moi froide que tous les horribles vents d'hiver. Je crois que Joan aussi il a vu tout ça, l'or des pierres, le voile rose, délicatement posé sur les montagnes lointaines et je crois qu'il à aussi mis dans ce paysage le vent, étrangement chaud, celui d'un soir de printemps. Une pause en fait... avec une pression normale du sang dans la tête et tout...
et puis ce café chaud, ça tombait à pic.
Il m'a encore parlé de sa quête, sa femme, qu'il rejoignait... C'était simple son histoire... C'était logique. Je l’enviais d'avoir un but si clair, distinct, si bien posé dans sa tête. Faut dire que j’étais pas gâtée pour ce qui concerne la clarté. C'était pas mon lot... Ce livre avec ma vie dedans et tout... Quelle misère quand même! Lui il volait au nid... Je savais que c'était pas si simple, que la belle en question elle en ferait sans doute des problèmes quand il arriverait, ou bien au bout de quelques temps. C'est jamais simple. Mais là, d'y aller.. Ça c'était chouette. A l'arrivée y'aurait toutes les complications, et cet amour qu'il croyait entier, intact et neuf, il s'écaillerait bien vite... C'est loin des 17 ans... Mais là avec le café chaud et les montagnes... et les pierres en or, dans la rivière...
- Alors et toi Zelda? C'est quoi ton histoire?
- Oh tu sais c'est un peu chiant... C'est compliqué et tout...
- Mais tu vas où? Enfin tu comptes faire quoi...
- Ché pas... Je vais avec toi au sud et on verra... Tu sais ça me fais du bien de faire de la route et tout... Et puis t'es tellement gentil avec moi.
Il s'est mis à rire un peu gêné.
- T'es mystérieuse quand même; enfin bon, tant que ma musique ne te gêne pas, tu es bienvenue dans mon van...Il a encore rigolé un peu
- Comment elle s'appelle ta femme?
- Camilla
- Ouhaou! c'est chouette comme nom.
- Ouais et si tu voyais le morceau que c'est, elle est "chouette" aussi, comme tu dis...
- Et c'est quand que tu l'as vu la dernière fois?
- Je l'ai vu en photo, c'est tout. Je l’ai jamais vu en vrai. On se parle au téléphone tou-jours...
- Putain tu l'as jamais vu en vrai?
- Non mais tu sais on s'est parlé des nuits entières et tout. On s'entend tellement bien... Enfin c'est évident... on s'est trouvé... (un silence)
- Et toi t'es amoureuse?
- Non... ça marche pas bien avec moi tout ça...
- Mais t'es jeune encore. Ça va venir... et puis tu dois être courtisée et tout... comme t'es belle...
- Merci... Ouais ça va venir...
Je ne pensais pas ça... Que ça viendrait... et puis j'en voulais pas vraiment... ça m'avait apporté des ennuis pour le moment, John et tout...et puis en fait ça ne me faisait pas envie... à le voir Joan, avec sa Camilla inexistante... Et peut être qu'elle le jetterai. C'était pas pour moi tout ça... Oui la quête oui, mais seulement la quête, pas l'arrivée...
- Mais tu crois que quand tu va la voir Camilla, elle va te plaire encore?
- Ben oui... elle me plait déjà...
- Et si elle sent mauvais, tu sais pas ça?
Il rigolait encore. Il a sorti une photo de la poche de son blouson.
- Regarde la... Tu crois qu'elle sent mauvais?
Elle était blonde avec un chignon assez mal tourné qui tombait à moitié, et un visage usé déjà, un sourire... c'est vrai qu'il était prometteur son sourire... et j'ai vu aussi toutes les souffrances passées derrière ce sourire... Sa vie cassée et tout...
- On sais jamais... J'ai bien rit aussi.
et puis j'ai ajouté.
- Tu sais on sait jamais, moi j'ai connu une fille, Ponpon, elle s'appelait, et ben elle était très belle et pourtant elle puait...
- T'es con... Et toi aussi tu pues... m'a-t-il lancé en riant.
- non ça c'est pas vrai.
Je me suis levé en levant les bras. J'ai dansé dans l'herbe en mettant mon nez, le plus proche de mes aisselles...Et je tournais dans le vent chaud...
- Je pue pas, je pue pas... Je sens bon, le printemps...
On a bien rigolé tous les deux. Le brouillard est monté de la rivière vers nous. Et le vent a commencé à être un peu plus frais. Les montagnes un peu plus brillantes à cause du froid qui commençait à les couvrir.
- On y va.
- Ok mais on va dormir où?
- Toi tu peux dormir, moi je vais conduire. On arrivera dans la nuit sur la mer, vers 3 ou 4 heures. Je dormirais un peu là bas.

Commentaires

fraîcheur de la candeur..

Les différences, quand elles se rencontrent, loin du climat froid de l'indiférence, ne tombent pas dans la "faux-semblance", et pour de vrai, sur l'instant, elles jouent et dansent, elles vivent l'intense..de l'existence !!

merci, ce passage est celui que je crois préférer..il est si frais !!

A.

bon rapport

une belle amitié que celle là pour le moment!!!